Cueillette pour un repas d’hiver

Au matin c’était un brouillard épais 


Les cloches sonnent 7h30
Jana et moi sortons vers les hauteurs encore glacées 

aller cueillir

c’est devenu pour moi ce face à face régulier
avec l’abondance du monde 
au pas de ma porte

d’habitude je vais à l’inconnu 
le rencontrer 

mais aujourd’hui je suis en quête 
car huit personnes sont à nourrir
je cherche le pissenlit, le cresson, les nombrils, le gaillet
elles se montrent peu à peu 
dans les murs, sous les murs, dans un creux, sur un rebord 

à la cuisine Anna Lena a déjà préparé l’ortie et les panais ceuillis la veille Hanne découpe les racines à rôtir
Thejs roule la pâte 

gestes

comme une danse
entre le feu de la cuisine 
et puis l’air des chemins et des champs 

chaises, tables, verres, assiettes
le bois, l’eau, les casseroles
tout ce monde à bout de bras jusque là haut 

les cloches sonnent de nouveau 
ils sont là

ces huit personnes qui aujourd’hui seront pour nous 
les huit personnes les plus importantes du monde 

ils sont venus du village et de quelques villages d’à côté

une première petite table ici sous un pin 
une limonade de gaillet gratteron citron 
des nombrils de vénus emplis d’avocat

je prends la cloche et sur un chemin entre les maisons
nous nous arrêtons auprès de ces six plantes 
qui bientôt seront dans nos assiettes là haut 

montée mi-silencieuse 
sur un chemin de feuilles et de mousses

ce morceau de forêt appartient à un habitant du bas du village
alors hier nous sommes allés le rencontrer 
il nous a dit “allez y, tous mes veux!” 
attention de ne pas mettre feu 

le feu est là attendant la marmite
nous entrons, entamons la danse des assiettes
une, deux, trois, quatre
toute une semaine de préparatifs coule comme un ruisseau
de jaune vert rouge blancs et noirs

bouillon de panais sauvage 
raviole à l’ortie
betterave rôties, cresson sauvage, pissenlit, gaillet, brebis frais
poêlée de panais sauvages au miel, noisettes
café et eau de vie au pissenlit 

des embrassades 
‘je n’ai jamais vu ca! 
je veux apprendre! 
je reviendrai!” 

je suis comblée

après l’extase
vient la vaisselle 

et puis le rêve déjà 
du déjeuner de printemps 

(Titiane)

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